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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 16:56

Cet après-midi, l'Assemblée est sollicitée par le Gouvernement pour voter le projet de loi sur l'ouverture à la concurrence des jeux d'argent en ligne. D'évidence, ce texte suscite un malaise.

Malaise parce que la semaine dernière, les débats ont été émaillés d'incidents en tous genres : un collaborateur du Président de la République est même monté au « plateau », pour faire pression sur le vice-président qui présidait la séance ! Et cela en dépit de la séparation des pouvoirs ! Et en dépit de la nécessaire sérénité des débats parlementaires !

 

Malaise parce que des députés de l'actuelle majorité, que l'on voit généralement assez peu dans les débats, étaient curieusement présents et sont même intervenus pour soutenir un texte qui d'évidence (c'est de notoriété publique) concerne directement des sociétés gérées par des membres de leur famille.


Malaise parce que ce texte gouvernemental, qui vise à ouvrir à la concurrence les jeux d'argent en ligne, est le premier des textes que le Gouvernement et sa majorité ont mis en débat au lendemain des élections régionales... ne voulant pas entendre les Françaises et les Français qui, en s'abstenant ou en renouvelant leur confiance aux présidents socialistes de région, ont exprimé notamment leur désarroi devant un quotidien qui leur est toujours plus difficile ! La crise les tenaille et le Gouvernement leur répond : « Faites vos jeux ! ».


Malaise parce que, et toujours au lendemain du scrutin régional, la Majorité, se pliant à la volonté du chef de l'Etat, renonce à supprimer le bouclier fiscal ! Là-encore, l'actuelle majorité reste impassible devant l'impératif de justice fiscale et de solidarité nationale des plus riches à l'égard des plus modestes !


Malaise encore parce que ce texte gouvernemental propose finalement ni plus ni moins qu'une amnistie fiscale voire pénale aux sociétés de jeux en ligne établies en France qui, aujourd'hui, sont dans l'illégalité : certaines l'ont même « claironné » dans les médias ! Cette impunité est contraire aux valeurs républicaines et véhicule l'idée que tout est permis. Comment demander à chacun de respecter la loi quand le Gouvernement lui même offre ainsi l'impunité à ceux qui, aujourd'hui, violent la loi en ayant d'ores et déjà ouvert des sites de jeux d'argent en ligne à ceux qui, aujourd'hui, trichent ?


Malaise aussi parce que, à vouloir servir des intérêts privés, le projet de loi ne se préoccupe guère de l'intérêt général. En effet, le Gouvernement aurait pu choisir de moderniser les missions de La Française des Jeux et du PMU, et ainsi contribuer à alimenter les caisses de l'Etat ! Au lieu de cela, il a préféré un dispositif bénéficiant avant tout à des opérateurs privés ! Un dispositif qui, également, fait fi des préoccupations de santé publique et de risque d'addiction aux jeux !

 

Et précisément me reviennent en mémoire les témoignages des trois éducateurs AILE lors de l'Assemblée générale des centres sociaux de vendredi dernier au centre social du Laboureur. Tous évoquaient leurs inquiétudes devant les dépendances croissantes des jeunes de nos quartiers aux jeux déjà existants et disponibles (loto, tiercé...) : si demain on peut jouer en ligne, ce sera facile et abordable (c'est le but de la loi !), mais aussi potentiellement très destructeur. Car qui peut nier les risques pour les jeunes déjà dépendants d'être demain plus dépendants encore à tous les jeux... plus endettés demain aussi, plus pauvres, plus coincés financièrement ? Franchement, je suis outré, consterné de voir que le Gouvernement considère comme prioritaire après les élections régionales de faire voter l'Assemblée nationale (ça a été à l'ordre du jour, jour et nuit, de toutes les séances la semaine dernière !), de faire voter un texte pour faciliter l'accès aux jeux en ligne. Tout cela pour l'argent ! Mais combien de jeunes resteront sur le carreau, combien de vies seront broyées par ce mythe du gain facile, réalisable demain de chez soi ?


Malaise enfin car la Majorité a bloqué le processus législatif : décidée à faire adopter rapidement ce texte, elle a reporté le débat sur le crédit à la consommation(bien davantage espéré par les familles modestes). Elle a aussi refusé l'adoption d'amendements lors de cette seconde lecture (pour un vote conforme et aller plus vite vers le texte définitif !), niant par là-même la vocation des représentants de la nation à discuter, à amender. Ce n'est pas digne de notre démocratie !


Voilà pourquoi cet après-midi j'ai voté contre ! Contre le texte bien sûr. J'ai aussi voté contre pour dire au Gouvernement que nos concitoyens attendent de lui une autre politique que des textes destinés à servir les intérêts particuliers des amis du Président !

 

Pour preuve, cette déclaration de Nicolas Dupont-Aignan, député ex-UMP dans Libération : "La loi sur les jeux en ligne est un texte abject [...]. La Majorité veut faire plaisir aux "amis du Fouquet's", [...] qui veulent une part toujours plus grosse du gâteau du tout-fric."

 

 

 

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