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  • : Blog de dominique Baert
  • : Dominique Baert est maire de Wattrelos (Nord)
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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 11:48

 

Puisque le temps est limité, je voudrais mettre en avant cinq idées.

 

-         1ère idée : nos villes, et Wattrelos en particulier, sont un « mille-feuille » de migrations successives tout au long du siècle passé. Et jamais d’ailleurs l’arrivée de migrants n’a été facile. Il s’est agi successivement des Belges (souvenons-nous de Germinal), des Polonais (devenus des « Polaks »), des Italiens (« Ritals »), des Portugais (qui ont représenté il y a 40 ans plus de 10% de la population de Wattrelos), ou de l’immigration maghrébine. A Wattrelos, la population immigrée (6,5 % de la population) est davantage européenne (3,9 %) que maghrébine (2,6 %). Les proportions sont inverses sur la totalité de notre agglomération.

 

 

 

-         2ème idée : pourquoi ces migrants ? Par le lien migrant / travail. Ici, ce n’est pas une terre promise pour eux, mais une « terre habitable » parce que terre de travail. Or, de nos jours, le travail s’en va, se réduit, et le migrant reste. C’est là que des questions surgissent :

o       car le lien était fort entre migrant et travail (c’était même sa raison d’être là)

o       car entre temps la vie du migrant s’est installée. Il est devenu un immigré pour qui on a construit certes parfois un habitat à la va-vite, mais il est citoyen, sa vie est ici. Et voilà que l’enfant paraît : la terre d’accueil devient berceau familial.

Dans une situation où le lien migrant / travail se distend donc, le migrant est confronté à deux faits nouveaux :

o       un écartèlement entre sa culture originelle et le lieu où il réside

o       une terre d’accueil qui ne lui est pas toujours hospitalière.

Un point cependant est à souligner, un élément nouveau en ce qui concerne ce lien migrant / travail : c’est qu’aujourd’hui, ce ne sont pas (plus) les plus pauvres de leur pays qui deviennent migrants, ce sont souvent des cadres moyens ou supérieurs, ce qui pose un nouveau problème : l’incapacité à retrouver ici des fonctions qui correspondent à leurs qualifications antérieures. C’est un vrai problème, et il est important.

 

 -         3ème idée : pour beaucoup de migrants la République ne joue plus bien son rôle. En effet, en situation de crise économique, qui devient crise sociale, la devise républicaine s’affaiblit.

o       La crise économique devient crise sociale. Le chômage gangrène les relations sociales, la vie des familles, la vie des quartiers. Mais pour ces personnes, les conséquences du chômage sont accentuées par les caractéristiques de cette migration : ce sont des bras et de la sueur, et pour l’essentiel des gens modestes, de niveau de formation primaire. Ils subissent donc des difficultés particulières

§       pour leur propre reconversion

§       pour l’accès des enfants aux C.S.P. supérieures.

Dans cette crise qui persiste, les migrants sont particulièrement touchés.

o       Pour eux, la devise républicaine est souvent perçue comme un leurre.

§       La liberté ?

·      Bien sûr, celle d’aller et de venir existe.

·      Mais la liberté sans la capacité à bouger n’existe pas ! Et comment se sentir « libres » quand on voit l’accumulation des textes sur l’immigration qui à chaque fois sont ressentis comme des remises en cause de droits antérieurs ! Il est essentiel que la République arrête de modifier sans cesse les règles du jeu, et arrête donc de multiplier les lois sur l’immigration.

§       L’égalité ? En vérité, le ressenti, c’est que les inégalités s’accroissent :

·      inégalités entre capital et travail

·      inégalités entre travailleurs et non travailleurs

·      inégalités entre les travailleurs eux-mêmes : ceux des secteurs exposés et ceux des secteurs protégés.

D’où un vécu d’inégalités de ressources, d’inégalités d’accès.

§       La fraternité ? C’est l’inverse qui s’installe ! Qu’observent autour d’eux les migrants ? Des pratiques de haine, des résurgences de racisme. Ou des tentations de ghettoïsation, organisées par les uns, ou de communautarisme, recherchées par les autres. En vérité, je le dis comme je le pense, puisque ce débat est ça et là évoqué dans l’actualité, l’identité nationale, la vraie, c’est pour moi, que la liberté l’égalité et la fraternité soient les mêmes pour tous sur notre territoire !

 

 

o       Ne nous étonnons pas car il y a perte de repères républicains.

§       Quand les services publics diminuent dans nos quartiers, c’est la présence de la République qui s’affaiblit.

§       Quand la République ne sait plus intégrer et qu’elle est porteuse de discrimination, c’est elle qui est mise en cause.

§       Quand l’Etat ne sait plus protéger, l’Etat-Providence ne remplit plus sa fonction.

 

 -         4ème idée : aujourd’hui, c’est la jeunesse qui trinque, qui supporte, le plus.

o       C’est dur pour les jeunes. L’emploi des jeunes est en crise, et tous les indicateurs sociaux mettent en exergue le chômage des jeunes, et leurs difficultés à trouver un emploi.

o       C’est dur pour les jeunes de catégorie sociale modeste (non diplômés, non qualifiés). Un phénomène de « déscenseur social » s’observe.

o       Mais c’est plus dur encore pour les jeunes descendants de migrants. Là encore, tous les indicateurs statistiques le confirment, comme la réalité sociale de nos quartiers.

   

 

-         5ème idée : dès lors, l’ambition de la politique doit être de construire une égalité réelle des chances.

1)     Les symboles ont leur importance, la communication aussi. Mais il ne faut pas faire croire que cela se résume à cela. Nommer un préfet issu de l’immigration (alors qu’il n’est pas issu du corps préfectoral, Aïssa Dermouche), et en faire un symbole, c’est bien, mais il faut dire la vérité, et notamment qu’il a été mis fin à ses fonctions en catimini à peine quelques mois après. Et comment oublier qu’un jour, de 1958 à 1962, on a eu dans ce pays un Président noir du Sénat, Gaston Monnerville ? Et comment s’émouvoir aujourd’hui d’un présentateur noir au J.T., alors que je me souviens, moi, quand j’étais gosse, que l’artiste que je voyais le plus souvent à la télé était « coloré » : Henri Salvador ! Et à l’époque, tout cela paraissait naturel, normal. La vérité, c’est que quand la croissance économique était forte, la machine à intégration fonctionnait bien. Alors je veux être franc : les symboles / quotas m’insupportent, ce n’est pas la bonne réponse à apporter.

2)     La bonne réponse, c’est de construire une égalité réelle. Qu’est-ce que cela veut dire ?

§       Assurer une administration plus efficace : déconcentrer vers les mairies (faciliter le droit d’accès). Un nouvel équilibre est à trouver entre capacité locale et capacité nationale.

§       Mettre le paquet sur l’insertion sociale par l’alphabétisation et le maintien de la langue française. C’est vrai pour le migrant, c’est vrai pour tous d’ailleurs.

§       Aider les jeunes de migrants à accéder à l’enseignement supérieur : c’est la base de tout ! A Wattrelos, j’ai renforcé l’accès aux « bourses d’enseignement supérieur » que verse la Ville : nous sommes l’une des seules à faire cet effort (132 000 euros au total pour près de 400 étudiants en 2006) et j’en suis fier.

§       Construire une discrimination positive équilibrée. Mais discrimination positive ne veut dire ni favoritisme ni népotisme. Seule compte la capacité de l’intéressé(e) à exercer la fonction. Les partis politiques ont une responsabilité, bien sûr dans la désignation de leurs candidats, mais rien ne serait pire que l’idée de choisir des candidats uniquement par leur origine. Si, dans ma majorité municipale, trois adjoints sur 21 (soit 15 %) et cinq élus sur 35 sont issus de l’immigration récente, ils ne doivent leur rôle et leur fonction qu’à leur engagement au service de la cité, à leur engagement dans leur quartier ou dans leur domaine d’activité. 

 Face à la question de nos migrants, nos sociétés sont en transition, et les Etats sont en décalage. Nous devons tous avoir conscience : qu’il faut tout faire pour favoriser l’intégration et refuser le communautarisme ; qu’il faut vraiment le faire car, comme l’écrivait Gramsci entre les deux guerres mondiales : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

 

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commentaires

M
Bonsoir Monsieur, Baert.
J'habite dans le quartier du nouveau monde, j'ai 44 ans, Marié, 3 enfants et  je dirige une entreprise de spectacles pour enfants. Depuis plus de 20 ans je ne vote plus PS au premier tour d'une élection mais vert. Cette année j'ai voté Bayrou, seule personne qui était capable à mon sens de faire obstacle à Monsieur Sarkosi, mais aussi pour l'idée d'une révolution centriste qu'il défend dans son livre (Au sens de placer l'homme au centre de toutes nos décisons politiques, économiques, sociales et philosophiques) . Face à notre déblacle du second tour, je viens d'adhérer au PS, pour apporter ma pierre à la refondation et  contribuer à éliminer ceux qui ont misé au sein du parti sur la défaite de Me Royale (et notamment du premier secrétaire qui annonce début janvier une augmentation des impots et de la csg en cas de victoire. Une semaine plus tard Me royale passe de 30% d'intention de vote à moins de 25 %). Je serais donc un militant actif et vigilant ( coup de chapeau à Me Royale qui a eu l'audace de défier les éléphants le soir de la défaite). Ce militantisme je vais le mettre au service de mon pays mais aussi de ma ville... Alors à trés bientôt Monsieur le Maire.... Fraternellement.
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D
Bonjour Bruno,Merci de nous rejoindre, et merci de votre engagement.C'est toujours un geste courageux et citoyen.A bientôt !