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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 10:32

« Il y a une divinité horrible, tragique, exécrable, païenne. Cette divinité s’appelait Moloch chez les Hébreux et Teutatès chez les Celtes ; elle s’appelle à présent la peine de mort » (Victor Hugo).

La chute d’un dictateur est toujours une bonne nouvelle pour les hommes libres, de paix et de bonne volonté, et je n’ai aucun regret d’avoir vu disparaître le pouvoir de Saddam Hussein en Irak. L’exécution d’un homme de 70 ans ne saurait cependant être une bonne nouvelle pour notre civilisation, pour l’Humanité.

L’annonce de cette exécution, forcément médiatique, m’a choquée. Elle est une erreur politique, une faute humaine. Moi qui suis de la génération Mitterrand, moi qui pense que notre société française a fait un grand pas en avant le jour où, le 9 octobre 1981, le Garde des Sceaux Robert Badinter a fait voter par l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France, je suis profondément meurtri quand j’entends parler de peine capitale.

Je me souviens de quelques phrases de l’intervention brillante – de l’aveu de tous – de Robert Badinter à l’Assemblée :

« La France est grande (…) par l’éclat des idées, des causes, de la générosité qui l’ont emporté aux moments privilégiés de son histoire.

 

La France est grande parce qu’elle a été la première en Europe à abolir la torture (…).

 

La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l’esclavage, ce crime qui déshonore encore l’humanité.

 

Il se trouve que la France aura été (…) l'un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale à abolir la peine de mort. (…)

 

La vraie signification politique de la peine de mort, c'est bien qu'elle procède de l'idée que l'Etat a le droit de disposer du citoyen jusqu'à lui retirer la vie. C'est par là que la peine de mort s'inscrit dans les systèmes totalitaires. »

C’est-à-dire ce même système totalitaire qu’on a prétendu mettre à bas en destituant le dictateur Saddam Hussein !
Je reprends le fil du discours de Robert Badinter :

« Dans la réalité judiciaire, qu'est-ce que la peine de mort? Ce sont douze hommes et femmes (…), dans une démocratie, qui ont le droit de dire : celui-là doit vivre, celui-là doit mourir ! (…)

 

Le choix qui s'offre à [nos] consciences est donc clair : ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d'assumer (…) la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c'est le choix de l'abolition ; ou cette société croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c'est l'élimination. Cette justice d'élimination, cette justice d'angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons (…) parce qu'elle est pour nous l'anti-justice, parce qu'elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l'humanité. »

Certes, on pourrait discourir durant des heures de la peine de mort ; chacun a son opinion à ce sujet et je respecte la diversité de ces opinions.

Pour ma part, je reste persuadé qu’une Justice qui n’a pas d’autre réponse que la peine de mort à apporter à toutes celles et ceux qu’elle défend et protège est une Justice inaccomplie.

Saddam Hussein a été exécuté. Pendant ce temps, un autre dictateur tristement célèbre et protégé par la CIA celui-là, Augusto Pinochet, mourait dans son lit…

Je ressens un malaise, un mal-être…

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