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  • : Blog de dominique Baert
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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 15:16
Avignon-2007-pour-le-web.jpgRégulièrement, on me pose la question de savoir ce que je fais de mes week-ends. La réponse est simple : je bosse. Mes loisirs sont simples à lister : 1 ou 2 cinémas, et 1 à 3 pièces de théâtre par an. Une exception toutefois : un séminaire de banquiers, de responsables d’entreprises, de hauts fonctionnaires et d’hommes politiques une fois par an à Avignon en juillet, et qui se déroule au Palais des Papes même (photo ci-contre). Au programme : dans la journée, on discute, on réfléchit, et le soir, quelques spectacles. C’est un moment privilégié pour moi dans le rythme de l’année.
Cette année, l’ordre du jour est philosophique : "Vivre ensemble à l’heure de la post-modernité", avec pour invité Michel MAFFESOLI qui vient de publier "Le réenchantement du monde".
Pour ce philosophe, la crise actuelle n’est pas qu’économique, culturelle ou politique. Chaque époque se caractérise par des "épistémê", c’est-à-dire un ensemble de "mots" qui l’identifient et la symbolisent. Et pour lui, les phases de crises ou de mutations sont des périodes où s’élabore une nouvelle "épistémê".

1°) Quelle est notre épistémê "moderne" ?
Pour M. MAFFESOLI, elle repose sur 4 mots-clés :
 
- le "travail", qui est une valeur moderne. Au début du 19ème siècle, le travail est devenu "un impératif catégorique" (Kant) : "C’est ce par quoi il y a réalisation de soi" ;
- le "rationalisme", dans le prolongement de Max Weber qui parle de "rationalisation généralisée de l’existence", et "d’araisonnement du monde" ;
- "l’utilitarisme", car "ne vaut que ce qui sert à quelque chose". La grande idée moderne, c’est
"l’homme maître et possesseur de la nature". Le schéma moderne, c’est un social maîtrisable et une nature soumise…
- la "temporalité" du groupe : ce qui caractérise la tradition moderne, c’est le futur. L’important, c’est demain ! La concrétisation la plus symbolique de cela, ce furent les expositions universelles du 19ème siècle, où la société se donne à voir à elle-même (cf. en 1867 la phrase phare de l’exposition : "Rien n’arrête l’idée dont le temps est venu : le progrès").
Voilà ce que fut le vivre ensemble dit "moderne" : un individu autonome, qui se réalise par le travail, avec le futur pour objectif.

2°) Il y a aujourd’hui une "saturation". N’y a-t-il pas une épistémê post-moderne en gestation ?
Cette "saturation" des concepts est certes une "décadence", mais aussi une "émergence". Il y a éclatement des unités :
-                     la République une et indivisible paraît éclater en une mosaïque d’intérêts divers ;
-                     les "grandes institutions" (familles, syndicats, …) connaissent une fragmentation. Il y a retour de la communauté. Le mot même de "communautarisme" apparaît, un mot "dangereux".
-                     les grands systèmes qui avaient constitué la modernité, avec la fin des grands récits de référence (marxisme, freudisme…).

3°) Quelles en sont les conséquences ?
Des mots sont en train de se substituer aux précédents, et caractériseront la "post-modernité".
Ce qui prendra de plus en plus d’importance, ce n’est plus le travail, mais ce sera l’idée de "création" ("faire de sa vie une œuvre d’art"). Elle va caractériser la post-modernité.
Le "rationalisme", c’est l’accent mis sur le cerveau. Aujourd’hui, c’est le corps dans son entier qui devient important. Il y a un "retour du corps" (on le voit dans la mode, les besoins de fitness, de bien-être…). La métaphore du "corps social" n’en est plus une, elle peut devenir une réalité.
Il y a une "esthétisation" de l’existence. C’est le retour des émotions communes. Notre vie sociale se fait sur la ponctuation de nos émotions (sportives, culturelles…).
La temporalité, aujourd’hui, c’est le présent ! Le "carpe diem" s’impose : le "projet" n’est plus à l’esprit.
M. MAFFESOLI résume cette mutation des mots et des références, comme étant "une revanche des valeurs du Sud sur les valeurs du Nord". Et il tire la conclusion « qu’il faut avoir la capacité d’accompagner ce qui est inéluctable », rappelant que "chaque société rêve de la suivante ; sachons accompagner le mouvement, pour qu’il ne devienne pas un cauchemar".

Tout cela, c’est vrai, incite à la réflexion. C’est l’intérêt de ce type de débat. J’y observe des constats pertinents sur les évolutions en cours de notre société. Mais personnellement, je n’en tire pas les mêmes conclusions que notre ami philosophe : il ne faut pas renoncer à contenir des évolutions, voire à les combattre quand elles ne sont pas un "progrès", quand elles nourrissent des forces centrifuges dans la société, quand elles risquent de contribuer à son éclatement. Non, il ne faut pas renoncer au volontarisme ! C’est cela la nécessité, et le champ du "politique"…
 
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commentaires

Bernard 02/09/2007 00:40

M. Maffesoli est ce sociologue postmoderne, professeur à la Sorbonne, qui s'est "distingué" en dirigeant la thèse "controversée" d'une certaine Germaine Hanselmann, plus connue sous le nom d'Élizabeth Teissier.

edouard 10/08/2007 10:59

Bonjour,Question pour un "économiste":Si "chaque société rêve de la suivante", le futur modèle ne devrait-il pas s'inspirer des théories de la "DECROISSANCE" ?