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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 08:18
Rencontre avec Jean-Claude Trichet

Je déjeune ce midi avec Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne, ancien gouverneur de la Banque de France, lequel procède à un tour d’horizon de la situation économique.

 

« Nous sommes dans la pire crise des pays avancés depuis la Seconde guerre mondiale, estime-t-il. On aurait pu avoir une grande dépression si des décisions rapides n’avaient pas été prises : ce qui a éclaté en 2007 avec les subprimes et en 2008 avec Lehman Brother aurait pu être une dépression du type 1929-1930.

 

Alors les banques centrales ont investi des hors-bilans considérables (liquidités sans plafond aux banques commerciales en août 2007 ; achats de valeurs du Trésor avec les programmes SMP pour cinq pays, puis OMT).

 

Aujourd’hui, des politiques monétaires encore très accommodantes, des situations financières du Japon et des Etats-Unis fragiles, et avoir des taux zéro sont des choses anormales ! Si le travail d’assainissement n’est pas fait, nous allons au-devant d’une nouvelle crise.

 

  • A propos de l’Europe : si l’épicentre des crises de 2007 et 2008 se situe aux Etats-Unis, le troisième épisode, la crise des risques souverains, y trouve son origine. Elle a visé les signatures les plus vulnérables (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne) soit le tiers de la zone euro ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’au sein de celle-ci, on trouve les pays les plus crédibles mais aussi les moins bons ! Six raisons à la crise en Europe :
    • le pacte de stabilité et de croissance n’a pas été respecté (avec une monnaie unique, il faut un respect attentif du cadre budgétaire !) ; son application a été refusée en 2004 et 2005 en France et en Allemagne : c’était une énorme erreur !
    • pas de suivi attentif des évolutions relatives de compétitivité ;
    • pas d’outil financier pour combattre la crise (il a fallu les inventer !) ;
    • absence d’union bancaire (où il est apparu que la corrélation entre la qualité des banques et celle des Etats devenait très forte ! Avec la crise, la garantie de l’Etat devenait essentielle, avec un fonctionnement en cercles vertueux, et en cercles vicieux – les pays non crédibles entraînant alors leurs institutions financières) ;
    • le non-achèvement du marché unique ;
    • l’absence de mise en œuvre sérieuse des réformes structurelles du programme de Lisbonne : un marché intérieur à monnaie unique doit fonctionner avec souplesse et non de manière rigide (sinon, les problèmes apparaissent).

 

  • A propos de la France : elle n’a pas été dans le petit nombre de pays en situation difficile, n’a pas eu d’ajustement obligé à faire, a été dans le groupe des pays respectés et est proche des meilleurs pays en Europe. En dépit d’un chômage de masse, la France est créditée d’un Etat solide qui a fait des promesses et doit les tenir. Les problèmes français comportent trois dimensions :
    • économique : notre économie se perd en dépenses publiques, supérieures de dix points à l’Allemagne (frais généraux) ; il faut donc une diminution de la dépense publique. C’est l’anomalie française principale ;
    • structurelle : la rigidité générale de nos structures économiques (marché du travail, des services, des biens, des professions protégées…) ;
    • et nous avons des coûts unitaires de production qui ont augmenté beaucoup plus qu’en Allemagne. Quand on a été lancé l’euro, nous étions meilleurs que les Allemands ; 16 ans plus tard, l’Allemagne présente un excédent de 7,5 % de balance des paiements, alors que nous sommes  à - 2  %. L’Allemagne a enrayé le chômage de masse et sa cohésion sociale est plus convenable que la nôtre. Nos coûts unitaires de production ont augmenté de 16 à 18 % de plus qu’en Allemagne, donc les revenus aussi, soit à peu près 1 % par an. Il est donc fondamental que nous lancions une modération générale des coûts, sinon nous connaîtrons durablement le cancer du chômage de masse, ce qui est bien sûr inacceptable. Pour davantage de compétitivité, il faut moins de dépenses publiques, moins de déficits, plus de souplesse : les Allemands ont mis 8 à 9 ans pour y arriver. En France, la culture dominante n’est pas celle de l’exportation. La France doit regagner un point de compétitivité par an par rapport à l’Allemagne : il ne faut pas modérer les coûts en Allemagne ; en France, en revanche, ce serait un contresens ».

 

Parmi les autres questions, ont été abordées l’inflation et la Grèce, bien sûr.

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