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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 18:27

L’heure est grave, bien plus qu’on ne le dit souvent. La grippe H1N1, les tensions en Afghanistan, ou le débat sur l’identité nationale ne doivent pas faire oublier la caractéristique majeure de la France en ce début 2010 : la France est sans emploi.

 

Le chômage est en effet le premier défi de 2010 ! 3,8 millions de chômeurs étaient inscrits à Pôle emploi en octobre 2009. En valeur absolue, la France a déjà eu davantage de chômeurs qu’aujourd’hui : d’avril 1996 à janvier 2000 notamment, jusqu’au lancement des 35h et des emplois-jeunes, et de juin 2004 à septembre 2005. Mais si on s’intéresse à la croissance du phénomène et à son ampleur relative, il faut savoir constater que la France n’a pas connu une montée si brutale du chômage depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

Non seulement l’emploi a reculé de 1,8% en deux ans (pire qu’en 1993 et 1984, années terribles sur le front de l’emploi) mais ce n’est pas terminé : les effets de la crise sur l’emploi, et donc sur le chômage n’ont pas fini de se faire sentir. Ainsi, en dépit d’une chute spectaculaire de l’emploi depuis la fin de l’année 2008, le marché du travail en janvier 2010 ne reflète pas encore l’ampleur de la baisse d’activité intervenue depuis lors. 

 

Pour prendre la mesure du phénomène dramatique qui s’annonce, il faut s’intéresser à la productivité, c’est-à-dire à la quantité de richesses produites par actif. En temps normal,  on gagne chaque année en France environ 1,5% en productivité grâce à de nouvelles machines, une meilleure organisation, etc.… Mais en 2009, les gains de productivité sont en recul, passant à – 2,6%, ce qui signifie que les effectifs employés n’ont pas évolué comme la production, et qu’un « rattrapage » risque de s’opérer. L’Insee prévoit ainsi une destruction de 108 000 postes au premier semestre 2010 dans les secteurs concurrentiels.

 

Alors, bien qu’on nous rabâche que le pire est passé, que l’économie française «  a renoué avec la croissance » depuis le second trimestre 2009 pour les plus optimistes, ou « est sortie de la récession » pour les moins enthousiastes, il est plus que probable que le recul de l’emploi ne soit pas circonscrit.

 

Certes, par delà les plans sociaux ou les licenciements qui ont déjà eu lieu, des employeurs ont conservé leurs équipes, usant des RTT et du chômage partiel subventionné par une aide de l’Etat (320 000 salariés concernés au second trimestre 2009) pour « tenir bon la barre ».

 

Mais comme ni les jours meilleurs, ni une reprise soutenue de l’activité ne se profilent à l’horizon conjoncturel 2010, nombre de prévisionnistes prévoient que les entreprises vont ajuster leurs effectifs à la baisse en cette nouvelle année. Effet pervers s’il en est, la poursuite de la dégradation du marché du travail est à son tour elle-même une entrave au retour de la croissance, du fait de la baisse du pouvoir d’achat des personnes licenciées, et du besoin d’épargne ressenti par les personnes encore en activité.

 

Après avoir sauvé les banquiers, il est donc temps que le gouvernement réagisse et se préoccupe d’enrichir la croissance en emplois, en commençant par revenir sur l’exonération fiscale des heures supplémentaires, une des mesures clef (avec le bouclier fiscal) du trop fameux texte TEPA du Président Sarkozy, dont l’analyse est particulièrement injuste et inappropriée au contexte actuel. L’absurdité de ces exonérations se résume à ce fait :d’une valeur de 4 milliards d’euros par an, le montant de ces exonérations pourraient financer entièrement 100 000 emplois supplémentaires, un emploi coûtant en moyenne par an en France 40 000 euros charges comprises. Autre ordre de grandeur : si au troisième trimestre 2009, les 167 millions d’heures supplémentaires déclarées avaient été transformées en emplois à temps plein, on atteindrait pour ces derniers le nombre de 420 000.

 

L’autre contre-pied que le gouvernement se doit de prendre, c’est d’enrayer le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, dogme qui, avec 30 000 suppressions d’emplois programmées en 2010 (dont 16 000 dans l’Education Nationale), fait de l’Etat le principal acteur du plus grand plan social du pays, au moment où l’accès au secteur privé est bouché !

 

Enfin, et surtout, il faut que le gouvernement s’attaque au chômage des moins de 25 ans, qui subissent les chocs conjugués de la récession et les effets pervers des plans d’aide en faveur de l’emploi des… plus de 50 ans ! Le taux de chômage des 15-24 ans atteint une moyenne de 29% entre 2003 et 2009, soit près d’un tiers des jeunes en France ! Les multiples mesures adoptées en faveur des plus de 55 ans, que le gouvernement justifie par le financement de la protection sociale (sous couvert de l’allongement de la durée de vie) ne doivent pas se traduire par un sacrifice de la jeunesse française.

 

D’où l’urgence de repenser nos options de sortie de crise et faire face à ce grand défi de 2010, qu’est le chômage.

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