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Samedi 9 février 2008 6 09 /02 /Fév /2008 15:56
- Publié dans : Divers
L'histoire est formidable. Il lui arrive de se répéter, et parfois d'être vraiment troublante ! Je viens de découvrir cette interview, en son temps, de Victor HUGO, et je la trouve passionnante. Je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager.
 
- "Question : Vous semblez vous tenir très informé de l'actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?
 
- Victor Hugo : Depuis des mois, il s'égare ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. (…) Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille, lui il remue, il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.
 
- Q. : Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu'on est en droit de l'attendre d'un élu à la magistrature suprême ?
 
- V.H. : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l'assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit, et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve si énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l'aventure et l'aventurier… On ne trouve au fond de l'homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l'argent… La France n'y voit plus clair. Voilà un succès.
 
- Q. : Que penser de cette fascination pour les hommes d'affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?
 
- V.H. : Il a pour lui désormais l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que la honte… Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l'argent ; c'est ignoble, mais c'est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte… Une foule de dévouements intrépides assiègent l'Elysée et se groupent autour de l'homme… C'est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d'industrie." (fin de citation)
 
Ah, j'oubliais de vous préciser : cet entretien est issu d'un pamphlet républicain de Victor HUGO dénommé "Napoléon le Petit". Quel Président était visé ? Napoléon ІІІ…


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