C’est l’un des ateliers auquel je participe ce jeudi à La Rochelle. Pourquoi celui-là ? Parce qu’une société qui ne prépare pas
l’avenir de sa jeunesse ne prépare pas son propre avenir, et que les jeunes, nos jeunes, sont au cœur de la crise sociale mais aussi de la crise de confiance que connaît notre société.
Les violences sans précédent intervenues durant le mois de novembre 2005, l’instrumentalisation des évènements de la gare du Nord
pendant les élections présidentielles, ont montré l’ampleur de la crise sociale et urbaine dont sont victimes les habitants des quartiers populaires. Comment ne pas s’interpeller sur notre
identité et sur notre capacité à vivre ensemble, et pour nous socialistes, comment rebâtir une espérance ?
Car enfin, qui peut nier l’existence d’une certaine ghettoïsation sociale ? Comment ne pas constater que le système éducatif n’a
pas su promouvoir de façon suffisamment massive les enfants des cités ?
Pour aborder ces questions, délicates, mais fondamentales, il s’agit d’abord de ne pas tomber dans le piège que tend la
droite. Elle glorifie le passé colonial. Elle parle de polygamie, d’immigration choisie, de chansons de rap attaquant la République laissant se propager en France, l’idée dangereuse que les
problèmes dans les banlieues ou dans les quartiers populaires sont des problèmes d’étrangers. Elle réussit à dresser des Français les uns contre les autres, les renvoyant à une identité
uniquement religieuse ou de couleur de peau, et plus du tout à une identité de classe sociale qui a fondé les grandes luttes du 20ème siècle.
Les villes en difficulté vivent de surcroît une forme de stigmatisation conférée par les zonages, tels ZUS, ZFU ZEP. Si la politique
de la ville des dernières années (et notamment par les GPV du gouvernement JOSPIN) a ralenti un phénomène de paupérisation des quartiers, elle n’a pas assez inversé la tendance, car elle ne fut
pas suffisamment massive. Une politique de mixité sociale est aujourd’hui prônée, elle apparaît indispensable. En effet, aujourd’hui des rues entières voient des familles au chômage, des collèges
concentrent des enfants dont les familles sont en difficulté sociale à plus de 80 %, le brassage des classes sociales est bien loin de se faire. Nous vantons le modèle de l’école républicaine qui
insère, alors que dans certains quartiers, des écoles concentrent des personnes d’origine sociale modeste, en grandes difficultés, ou d’origine étrangère, et donc des indicateurs sociaux très
défavorables.
Nous voulons lutter contre la discrimination. Dans la lutte contre les discriminations, tout a été dit par la loi. Il faut surtout
aujourd’hui la rendre opérationnelle. L’école, l’emploi et le logement sont les trois facteurs principaux sur lesquels il faut agir. Tout le reste n’est que paroles vaines.
S’agissant de la jeunesse, le problème de l’emploi est majeur ! L’emploi et l’insertion des personnes soit en difficulté
personnelle, soit en difficulté à cause des discriminations liées à l’adresse, la couleur de la peau ou le sexe ne trouveront pas de solutions seules en résolvant la question de la
croissance.
Voilà pourquoi ce qui revient sans cesse dans les interventions de l’atelier, c’est que la
question de l’accès à l’emploi doit être traitée en proximité. C’est aux portes des mairies que frappent les personnes de nos quartiers en recherche d’emploi, diplômées ou non. De ce
fait les emplois-jeunes furent de bons tremplins. L’accès à l’emploi nécessite le fonctionnement croisé de plusieurs institutions, et c’est une vraie nébuleuse. Voilà pourquoi je pense qu’il faut
être clair et lisible, et donner la compétence de la coordination de l’insertion professionnelle aux communautés de communes ou, ici à Lille, à la Communauté Urbaine, en leur donnant légitimité
de mettre tous les acteurs de l’insertion autour de la table.
Cette compétence peut se décliner à travers plusieurs pistes de réflexion :
· Il nous faut
être, nous Communes, Missions Locales, le « piston » des jeunes sans piston de nos quartiers, le réseau des personnes sans réseau familial, sans réseau scolaire, sans réseau
amical. Cela nécessite d’aller chercher les offres d’emploi dans les entreprises, notamment pour les diplômés et de les ramener au sein de la Mission Locale, puis de travailler à la mise
en relation entre celui qui cherche du travail et l’entreprise. Nous devons être les intermédiaires que sont dans les milieux plus aisés les parents ou l’association des anciens
élèves. L’entreprise fait confiance à la structure d’insertion qui elle ensuite présente quasiment à titre personnel des jeunes et dépasse ainsi l’obstacle du CV avec le nom,
l’adresse, etc.
· Il faut recréer les
conditions de la mobilité dans les têtes. La mobilité géographique est au cœur des préoccupations pour demain. Une initiative majeure est d’aider à se
rendre sur les lieux de travail. La plupart des offres d’emploi demandent le permis de conduire, voire la voiture. Faciliter l’accès à l’un, c’est aider à avoir l’autre, et à trouver du
travail.
S’agissant de la jeunesse, il y a une obligation de résultats ! Il y a urgence. Là plus
que
nulle part ailleurs, tout doit être fait pour bâtir l’égalité réelle.
Il faut l’ouverture sur le monde de nos quartiers, les sortir d’un enfermement psychologique et matériel. Savoir rendre leur capacité de rêver aux jeunes de nos villes, leur envie de
« conquérir le monde » et les aider à avoir l’idée, mais surtout la conviction qu’ils pourront élever dignement leur famille, est en soi le plus noble mais surtout le plus urgent projet
politique, c’est ma conviction.